mardi 27 juin 2017

Guerre en Syrie : Israël, un acteur discret mais efficace


En dépit de quelques actions de représailles, l'État hébreu préfère agir sans bruit dans un conflit trop proche pour ne pas être dangereux.


Le plus proche voisin israélien des djihadistes du groupe État islamique est sans doute un viticulteur. Yitzhak Ribak fait en effet pousser son merlot à 10 mètres du mur qui marque la frontière avec la Syrie, sur le plateau du Golan. De l'autre côté de cette protection de béton bien illusoire, cet agriculteur peut apercevoir les allées et venues des militants armés d'un des groupes djihadistes ralliés à Daech, l'armée de Khalid Bin Walid, qui, jusqu'à présent, a résisté aux assauts de l'armée syrienne et des forces russes.

En dépit de cette menace évidente et si proche, les experts israéliens considèrent le Golan comme la région la plus calme du pays. Même si, de temps à autre, un obus tiré en direction d'Israël par un artilleur maladroit ou plus zélé que d'autres amène Tsahal à riposter immédiatement. Comme le raid de représailles qui a fait ce dimanche 5 blessés dans les rangs de l'armée syrienne.

Il est clair que les Israéliens ciblent et redoutent plus les actions soudaines des soldats de Bachar el-Assad, et surtout de leurs alliés du Hezbollah, que celle des groupes armés enrôlés sous la bannière de l'EI. Car même si ceux-ci n'ont jamais caché qu'un de leurs objectifs était la destruction de l'État d'Israël, ils sont pour l'heure davantage occupés à défendre ce qui reste de leur califat qu'à songer à ouvrir un nouveau front avec l'armée la plus puissante de la région grâce à son matériel sophistiqué et à ses soldats très entraînés.

Montée en puissance du Hezbollah

Le vrai danger pour Israël est bien le Hezbollah. Cette milice de combattants chiites, bras armé de l'Iran au Liban, a pris un poids nouveau dans la guerre civile syrienne. Dévolu par Téhéran à soutenir Bachar el-Assad, le Hezbollah a profité de la faiblesse et de la désorganisation de l'armée syrienne pour devenir l'une des forces combattantes sur lesquelles s'appuient les Russes. Comme ce fut le cas lors de la prise d'Alep. Ce qui lui a permis d'améliorer considérablement son armement, grâce à des livraisons iraniennes et russes. Au point d'avoir aujourd'hui la dotation d'une armée régulière de la région. Ce qui a valu aussi au Hezbollah de participer à la conférence internationale sur le sort d'Alep. Une première pour une organisation considérée comme terroriste par la plupart des institutions internationales.

Devant cette montée en puissance d'un ennemi qui, depuis 1980 et l'invasion du Liban, a promis sa perte, Israël ne reste pas inactif. Mais le fait discrètement en évitant toute action qui pourrait être considérée comme une provocation. L'État hébreu est devenu le soutien actif de certains groupes rebelles anti-Assad. Clandestinement, Israël leur procure des vivres, du carburant et des médicaments. Et si les Israéliens se défendent de fournir directement des armes à ces mouvements, ils donnent de l'argent à leurs chefs pour en acheter et payer leurs hommes. Une unité spéciale de Tsahal a même été créée pour faire la liaison avec ces maquis. Au risque d'aider des combattants plus ou moins proches de la mouvance islamiste.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu néglige manifestement ce piège. Son objectif est de s'assurer, grâce à ces groupes, une sorte de zone tampon le long des frontières d'Israël. Pour le jour où le Hezbollah, avec le soutien de la bête noire d'Israël qu'est l'Iran, déciderait de passer à l'action au-delà de la frontière syrienne. Ce moment pourrait venir plus vite que prévu et obligerait l'État hébreu à sortir de sa prudente réserve. Signe précurseur : il y a deux mois, avec l'approbation de son sponsor de Téhéran, le Hezbollah a créé « une brigade pour la libération du Golan ».

Source : http://www.lepoint.fr

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