mercredi 27 janvier 2016

Un sans-abri de Paris rédige un best-seller poignant


Mrmondialisation

Dans Je tape la manche, un ovni devenu best-seller, Jean-Marie Roughol raconte sa vie de SDF qu’il mène depuis 20 ans. Depuis, les petits miracles s’enchaînent pour lui : Drucker, qui lui donnait une pièce, l’invite désormais sur son plateau. Mais son quotidien, lui, demeure le même, et par son témoignage intimiste, ce « professionnel de la rue » nous invite à revoir notre regard sur ces individus qui pourraient être nos parents, nos enfants, nos amis, et dont on ignore trop souvent l’âpreté des conditions de vie.
L’histoire ressemble à un conte de fées. Lorsque Jean-Marie Roughol, 47 ans, sans-abri depuis plus de vingt ans, propose à un cycliste de surveiller sa bicyclette, il est loin de se douter que cette rencontre anodine avec Jean-Louis Debré s’apprête à changer sa vie. Entre les deux hommes s’amorce une relation de confiance, et l’ancien ministre de l’Intérieur entreprend alors d’aider le SDF à écrire son histoire. Un projet inédit et audacieux dont la tâche s’annonce ardue. En effet, Roughol « n’a pas trop été à l’école » dit-il avec humilité. Qu’à cela ne tienne, pendant plus de deux ans, assis sur les bancs de parcs publics, il rédige son histoire dans des cahiers d’écolier. Ses écrits seront publiés avec l’aide de Debré, qui adopte à son égard une tendresse parfois bordée de paternalisme.

L’homme anonyme de la rue hier est propulsé auteur d’un best-seller écoulé à plus de 40 000 exemplaires en l’espace de 2 mois. Dans celui-ci, il raconte son parcours, sans aucun artifice, tant dans sa cruauté que dans ses instants de grâce. Tout y est exhibé; Roughol n’est pas un archétype : il est avant tout un homme, racontant son enfance chaotique, ses troubles, sa vie. Un témoignage poignant, ébauchant le récit de ses jeunes années, entre parents indignes et familles d’accueil odieuses, où « faire la tape », selon ses mots, apparaît au début comme un jeu; jusqu’à ce que sa vie viennent à en dépendre.




20 ans de rue qui forgent la solitude

Les anecdotes s’y multiplient, il y raconte notamment la sympathie à l’égard des mendiants de certaines personnalités telles que Robert Hossein, qui l’a fait participer à certains films en tant que figurant. Il évoque également l’hostilité ou la froideur, surprenante à certains égards, de certains hommes politiques connus tant à gauche qu’à droite. Mais cet ouvrage poignant nous fait surtout prendre conscience d’une réalité trop souvent niée : vivre dans la rue n’est pas le lot des malchanceux ou des ivrognes. Loin de la caricature, nul n’est à l’abri de ce fléau qui touche plus de 100 000 individus en France, dont le tiers sont des enfants, bien que ce nombre soit, par nature, difficile à estimer.

Et c’est ce qui frappe dans ces mémoires. On se prend de sympathie pour cet homme dont le récit nous fait pénétrer dans un univers que l’on préfère si souvent occulter : le quotidien des sans-abris. Loin des clichés et contre tout préjugé, à travers ses yeux, la rue apparaît sous un jour nouveau : hostile et territoriale, s’y livrent mille joutes entre nécessiteux et gangs mafieux. En ce qui concerne ces derniers, le témoignage de Roughol est catégorique : en l’espace de 20 ans, ces réseaux n’ont cessé de croître, érodant ainsi le maigre crédit des sans-abris, qui eux connaissent réellement le besoin. En lisant son histoire, on se remémore ce discours si souvent tenu : « Si je ne donne pas aux mendiants, c’est que je ne sais pas où va l’argent. » ; aussi compréhensible soit-elle, une telle démarche n’en condamnerait-elle pas certains à l’indigence ? Ainsi, les amalgames sont fréquents; aux yeux de nombreux passants, les mendiants sont indifféremment roms, immigrés, ou encore charlatans. En pratique, chaque individu rencontre un destin unique et une problématique propre, indépendamment de son origine ou appartenance, impossible à juger sans la vivre soi-même.

Le rêve d’une crêperie

Par-dessus tout, une chose surprend dans ce témoignage personnel : la capacité qu’à la rue de vous rentre dépendant d’elle avec le temps. « La rue, je ne peux plus m’en passer, je l’ai dans la peau. » écrit-il. La rue forge en effet les âmes les plus solitaires, si bien qu’un de ses frères ignorait tout de sa condition jusqu’à sa médiatisation – encore un des miracles de sa publication. Ainsi, mendier s’avère en réalité une activité à plein temps au nom de la survie, loin de l’inactivité fantasmée que certains s’imagineraient volontiers. Si ces années de rue ont rôdé Roughol, il admet qu’il ne peut pas indéfiniment poursuivre une telle vie : elle requiert bien trop d’énergie, laquelle viendra à lui manquer, inévitablement. D’ici-là, le sans-abri ne manque néanmoins pas de projets : il caresse l’idée de faire du cinéma, et les droits d’auteurs qu’il touchera d’ici 9 mois lui serviront à acheter un ordinateur pour continuer à écrire.

Son témoignage a frappé les esprits, et les retours les plus positifs viennent des locaux qui le reconnaissent, l’invitent à dîner, lui confessent que son livre a changé leur regard sur cette vie dans la rue. Ses « collègues de rue » confirment qu’une sympathie nouvelle est née de son ouvrage envers eux. Si le tableau semble presque idyllique, de nombreux progrès restent à faire pour offrir une piste de sortie aux personnes touchées par l’extrême précarité. Roughol s’insurge notamment au nom des femmes sans-abri, de plus en plus nombreuses et les proies privilégiées d’agressions en tout genre. 

« […] Certains profitent de leur faiblesse. C’est scandaleux. » exprime-t-il. À terme, l’homme espère pouvoir réaliser son rêve d’enfant, ouvrir une crêperie. Lorsqu’il paraît à l’écran, invité sur les plateaux télévisés, il contraste par son authenticité; il est véritablement cet homme qui, selon Debré, lutte pour vivre simplement.









1 commentaire:

  1. Anonyme28.1.16

    Drucker ce pourri qui est achetable et sans conscience fait semblant de se donner une meilleure conscience

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