mercredi 5 septembre 2018

Puberté précoce. Les perturbateurs endocriniens montrés du doigt


Dans son dernier bulletin épidémiologique, Santé publique France fait le point sur la puberté précoce. Si les causes de ce phénomène sont difficiles à démêler, les perturbateurs endocriniens auraient largement leur part de responsabilité.

Déjà soupçonnés de favoriser des troubles tels que l’obésité et le diabète, les perturbateurs endocriniens (pesticides, phtalates, bisphénol A…) pourraient également être impliqués dans la puberté précoce. C’est ce que nous apprend la dernière étude menée par Santé publique France.

La puberté précoce se traduit notamment par la poussée des seins chez les filles, l’augmentation du volume des testicules chez les garçons et l’apparition de la pilosité pubienne. D’importantes disparités géographiques ont également été relevées par les spécialistes. Joëlle Le Moal, épidémiologiste chez Santé publique France, nous en explique les enjeux.



Les perturbateurs endocriniens seraient l’une des causes de la puberté précoce. Comment l’expliquer ?

« La puberté précoce pathologique touche en France dix fois plus de filles que de garçons. Nous avons recensé près de 1 200 nouveaux cas de puberté précoce centrale idiopathique (1) par an chez les filles (pour un rapport de 2,68 individus sur 10 000), contre seulement 117 chez les garçons, dans une étude menée durant trois années, entre 2011 et 2013, et en repérant les cas traités par des médicaments spécifiques.

Pour expliquer cette disparité, on peut évoquer deux hypothèses : le fait que les signes de la puberté précoce sont moins visibles chez les garçons, mais aussi parce que la littérature montre des réponses parfois différentes chez les mâles et les femelles pour une exposition identique à certains perturbateurs endocriniens. »

Quels sont les facteurs les plus favorables au déclenchement de la puberté précoce ?

« La puberté précoce est un phénomène multifactoriel. Le surpoids, la génétique et un contexte d’adoption internationale sont connus comme des facteurs favorisants, particulièrement chez les filles. Dans la littérature scientifique, les perturbateurs endocriniens suspectés chez les filles sont certains produits cosmétiques contenant des substances œstrogèniques, ou des additifs chimiques utilisés dans certains composants électroniques ou dans l’ameublement ».

L’étude de Santé publique France a par ailleurs permis de déterminer la distribution géographique de la puberté précoce centrale idiopathique en France métropolitaine. Quels sont les territoires les plus touchés ?

« Il apparaît que les deux zones géographiques les plus concernées par la puberté précoce sont les anciennes régions Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes, régions très agricoles, avec des incidences plusieurs fois supérieures à la moyenne nationale. Bien que l'hypothèse des liens entre pression agricole ou industrielle et incidence de pathologies soit difficile à démontrer.  La puberté précoce est un phénomène complexe demandant une analyse fine. Nous menons actuellement des recherches plus approfondies, à une échelle plus resserrée (communes), et sur une période de 10 ans, pour savoir si l’incidence de cette pathologie augmente ou pas en France, y compris dans les régions ultra-marines ».

Source : https://www.ouest-france.fr/

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