lundi 12 février 2018

Maquillage pour enfants : allergènes et perturbateurs endocriniens ?


Selon 60 millions de consommateurs, certaines palettes à maquillage pour enfants comporteraient des substances allergènes ou des perturbateurs endocriniens. Un risque pour des peaux fines en pleine croissance. L’association appelle donc les parents à rester vigilants en achetant ces produits.

Faire comme les grands ! Une étape du développement de l’enfant incontournable. Parmi les rituels, l’admiration des habits, de la coiffure… et la tendance des petites filles à vouloir rouge à lèvres et vernis à ongles entre les jouets et les peluches. Mais selon 60 millions de consommateurs, ces produits ne seraient pas sans risque.

Dans son numéro de février 2018, l’association relève en effet la présence :

– « D’un filtre UV (l’octocrylène) dans du gloss Reine des neiges Disney (marque Markwins), une substance allergisante de plus en plus décriée comme perturbateur endocrinien potentiel ». Ce produit « fait également la part belle au phénoxyéthanol, un conservateur soupçonné de toxicité sur la reproduction à fortes doses chez l’animal »;

– « De phénoxyéthanol dans la palette Fashion’z ». A ce jour, « les autorités européennes jugent qu’il n’y a aucun risque aux doses utilisées chez l’homme », rappelle 60 millions de consommateurs, avant de demander ce qu’il en advient « si l’enfant ronge ses ongles ? » ;

– « De propylparabène dans l’ombres à paupières et les fards à joues de la boîte de maquillage Claire’s », un conservateur intégré dans la liste des « perturbateurs endocriniens potentiels à proscrire chez l’enfant ». Et « nous avons même repéré, dans deux enseignes distinctes, une même référence de marque Claire’s qui n’affichait absolument aucune liste d’ingrédients ». Une preuve potentielle « que les enseignes subissent peu de pressions pour fournir cette information, pourtant obligatoire*, quand ils vendent du maquillage destiné aux fillettes ».

Or la peau de l’enfant est si fine que ses produits peuvent la traverser (paupières, ongles, lèvres…). Des ingestions peuvent aussi survenir. Et « certains de ces allergènes ou perturbateurs endocriniens sont même accrus chez l’enfant dont l’organisme en plein développement est particulièrement sensible aux toxiques », relève 60 millions de consommateurs.

Vigilance toute !

Aujourd’hui, si les adultes sont de plus en plus regardants sur la composition de ce qu’ils achètent (nourriture, cosmétiques…), il n’en va pas toujours de même lors d’achats au rayon maquillage de l’enfant. « Cela s’explique probablement par le fait que les parents voient ces produits comme des jouets et non pas comme du maquillage. » Et la confusion se comprend. En effet, le maquillage pour enfants a obtenu le double statut de jouet et de cosmétique. Mais pour limiter au maximum l’exposition aux toxiques, les parents doivent « éplucher les listes d’ingrédients pour repérer les plus problématiques ».

Enfin, ce sujet pose la question de la place du maquillage dans l’enfance. « Les parents comme les psychologues, les sociologues et autres spécialistes de l’enfance vont devoir se positionner dans ce débat », interpellent les experts de 60 millions de consommateurs. Affaire à suivre.

*L’âge minimal d’utilisation et le marquage CE doivent aussi être indiqués sur l’étiquette

Les ingrédients à surveiller

Parabènes à longues chaînes. Il s’agit des propyl, butyl, isopropyl et isobutylparaben. Reconnus comme perturbateurs endocriniens, ils agissent sur le système hormonal et sont susceptibles de provoquer, même à très faibles doses, une grande variété d’effets nocifs. À noter qu’isopropyl et isobutylparaben sont déjà interdits et ne devraient plus être retrouvés dans les produits à partir du 30 octobre 2014.

Allergènes. Certaines substances parfumantes allergisantes doivent être obligatoirement mentionnées comme telles sur les étiquettes, dès lors que leur concentration est supérieure à 10 mg/kg. Même si ces substances ne provoquent pas forcément de réaction cutanée, mieux vaut éviter les formulations qui en comportent. Au contact régulier d’allergènes, on sensibilise sa peau pour l’avenir.

Phénoxyéthanol. Fréquemment employé dans les cosmétiques, ce conservateur a été réévalué en mai 2012 par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui a confirmé sa toxicité, notamment pour le foie. Sa concentration dans les cosmétiques est limitée à 1 % (soit 10 g/kg), mais pour les produits non rincés destinés aux enfants de moins de 3 ans, l’Agence recommande une teneur inférieure à 0,4 %. Les concentrations n’étant pas indiquées sur les étiquettes, par mesure de précaution, préférez les produits qui s’en passent totalement.

Méthylisothiazolinone (MIT). Le nom de ce conservateur n’est pas facile à retenir, mais cela vaut vraiment la peine de faire un petit effort. Largement utilisée, durant ces dernières années, en remplacement des parabènes, la MIT serait responsable d’une hausse spectaculaire de réactions allergiques, notamment d’eczémas. Pour cette raison, elle devrait voir prochainement son emploi limité, voire interdit, au moins dans les cosmétiques. En attendant, la molécule se retrouve toujours dans les formulations de certains produits pour enfants. Elle figure, par exemple, dans la liste INCI de la poudre scintillante pour le corps du coffret Barbie Markwins. D’autant plus risqué qu’il s’agit d’un produit non rincé ! À noter que le mélange méthylisothiazolinone/méthylchloroisothiazolinone sera interdit dans les produits sans rinçage mis sur le marché à partir de mi-juillet 2015. Si vous le voyez dans une liste d’ingrédients, passez votre chemin.

Et les métaux lourds ?

Aucune chance, bien sûr, de les voir figurer dans les listes d’ingrédients : ces substances toxiques sont interdites d’utilisation dans les cosmétiques. Des métaux lourds peuvent toutefois s’y retrouver à l’état de traces, si les matières premières sont de mauvaise qualité ou par contamination lors de la fabrication.

Selon l’origine des ingrédients le risque de contamination par des métaux lourds est plus ou moins grand. Les pigments minéraux qui servent à donner la couleur au maquillage sont ainsi plus à risque (les métaux lourds étant naturellement présents dans l’environnement). Ainsi leur présence est tolérée à l’état de traces sous forme d’impuretés « techniquement inévitables » selon les termes du règlement cosmétique qui a établi des exigences de pureté pour un certain nombre de ces métaux lourds.

Lorsqu'il est techniquement possible de le faire,  ces impuretés doivent être éliminées.

Décelé dans 5 échantillons de notre test, le plomb est le plus dangereux, par son action sur le système nerveux, même si les teneurs mesurées sont bien en deçà du seuil d’alerte retenu par la réglementation (20 ppm ou mg/kg). Également préoccupante, la présence de nickel, d’ailleurs interdit dans les bijoux fantaisie car il peut provoquer des réactions allergiques. Il est donc inadmissible d’en retrouver dans des cosmétiques pour enfants, surtout à des concentrations largement supérieures aux normes admises, comme c’est le cas pour certains échantillons analysés. Enfin, à une exception près, le chrome, le cobalt et le cadmium ont été détectés dans de nombreux produits, mais à l’état de traces.

Source : https://www.ladepeche.fr

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