mercredi 24 août 2016

Cerveau : d'où vient cette étrange sensation de "déjà-vu"


Des chercheurs sont parvenus à observer le cerveau de 21 volontaires au moment même où ils expérimentaient une sensation de "déjà-vu".

DÉJÀ-VU. Ça nous est tous arrivé : cette étrange sensation d'avoir déjà vécu une scène qui est pourtant en train de se dérouler ; de quoi perturber notre perception linéaire du temps. Nous savons que cela ne peut pas être réel, et pourtant, nous ne pouvons que constater qu'il s'est passé quelque chose d'étrange : "un bug dans la Matrice" comme il est coutume de dire depuis la sortie du célèbre film Matrix.

Pour se faire une idée précise de ce qu'il se passe dans le cerveau au moment d'un "déjà-vu", des chercheurs de l'université St-Andrew (Ecosse) ont voulu observer ce phénomène par IRMf chez 21 volontaires, un examen qui permet de visualiser l'activité cérébrale. Problème : comment faire coïncider un examen IRM avec un événement comme le déjà-vu, imprévisible par nature ? Avec ses collègues, Akira O'Connor, neuropsychologue qui a dirigé ces travaux, a eu une idée : simuler l'impression de déjà-vu en utilisant une technique standard de création de faux souvenirs.

Un déjà-vu expérimental

Celle-ci consiste à lire une série de mots apparentés à une même thématique qui, elle, n'est jamais dite : "Oreiller", "lit", "nuit", "couverture", "rêve"... sans jamais prononcer le mot "sommeil" donc, explique le chercheur au New Scientist qui relaie ces travaux encore non publiés mais ayant fait l'objet d'une présentation au congrès international de la mémoire à Budapest (Hongrie) en juillet 2016. La suite du protocole est traître : dans un premier temps, on demande aux volontaires s'ils ont entendu un mot commençant par la lettre "S". La réponse est non. Mais ça se complique lorsque, dans un second temps, on leur demande s'ils ont entendu le mot "sommeil". Là, les participants savent que ce mot n'a pas pu être prononcé, puisqu'il commence par un "S", et pourtant... ils ont l'impression vivace de l'avoir entendu. C'est le déjà-vu expérimental.

Les observations des chercheurs sur les 21 cerveaux soigneusement orientés dans l'erreur battent en brèche l'une des théories neurologique expliquant que le déjà-vu serait dû à une erreur du cerveau qui inscrit une perception présente directement dans la mémoire à long terme. En effet, selon les chercheurs, les régions du cerveau impliquées dans la mémoire, notamment l'hippocampe, sont restées en sommeil durant l'expérience. Une observation qui suggère que le déjà-vu ne serait pas consécutif à la création de faux souvenirs. Au contraire, ce sont des zones impliquées dans la prise de décision et la résolution des conflits qui se sont activées au niveau du lobe frontal.

Un processus de vérification cérébrale ?

Pour Akira O'Connor, il s'agit donc plutôt d'un "conflit entre une sensation subjective de familiarité et une sensation objective que cette familiarité ne peut pas être correcte". Autrement dit, le déjà-vu ne serait pas le résultat d'un dysfonctionnement du cerveau, mais au contraire l'outil par lequel celui-ci vérifie que la situation présente est bel et bien différente de ce qu'on a l'impression d'avoir déjà vécu. Un filtre contre les faux souvenirs qui nous alarme. Cette étrange sensation serait ainsi le signe d'un cerveau en forme qui vérifie ses souvenirs, et à qui "on ne la fait pas".

Une théorie qui reste bien sûr à vérifier - comme toutes celles, nombreuses, déjà émises - mais qui pourrait notamment expliquer pourquoi ces sensations de déjà-vu ont tendance à se raréfier avec l'âge. En vieillissant, "il est possible que le système de contrôle décline et que vous soyez moins susceptible de repérer des erreurs de mémoire", explique Akira O'Connor. Quant aux quelque 30% de la population qui n'auraient jamais vécu un déjà-vu, cela pourrait tout aussi bien être dû au fait que leur cerveau ne fait pas d'erreur.





Source : http://www.sciencesetavenir.fr

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