lundi 2 mai 2016

Des chercheurs dénoncent la mauvaise foi de Bruxelles sur les perturbateurs endocriniens


Le retard accumulé par l’Europe sur la règlementation des perturbateurs endocriniens ne se justifie pas d’un point de vue scientifique, contrairement à ce que prétend la Commission, assurent sept chercheurs indépendants.
La Commission européenne, qui n’est pas parvenue à fournir une définition des perturbateurs endocriniens depuis 2013, se cache derrière de mauvais prétextes, selon une étude de sept chercheurs indépendants.

Ces substances que l’on trouve dans les plastiques, l’alimentation, les pesticides ou les cosmétiques perturbent le fonctionnement hormonal, peuvent entraîner des malformations congénitales et des anomalies du neurodéveloppement et pourraient favoriser le diabète et l’obésité.

L’absence de définition claire des perturbateurs endocriniens au niveau européen entrave leur meilleure réglementation et la gestion de mesures préventives.

Lenteur de Bruxelles

La Commission a été condamnée en décembre 2015 pour ne pas avoir fourni cette définition attendue au plus tard fin 2013 et s’est fait tancer en mars par les 28 ministres de l’Environnement de l’Union européenne.



Dans l’UE, les coûts qui résultent des effets sur la santé de l’exposition aux perturbateurs endocriniens (PE) sont estimés entre 100 et 200 milliards d’euros par an, selon une étude internationale de 2015.

« La Commission, en ne respectant pas ses obligations légales, retarde l’application de deux lois votées par le Parlement européen sur les pesticides (insecticides, herbicides, fongicides) et les biocides (désinfectants industriels, produits contre les nuisibles ou de protection du bois ou du cuir…) contenant des PE », explique à l’AFP Rémy Slama (directeur de recherche Inserm, France), l’un des sept chercheurs européens et américains.



Dans un article critique publié lundi dans la revue scientifique spécialisée Environmental Health Perspectives, ils font part du consensus scientifique sur cette définition, et jugent l’étude supplémentaire, qu’avait annoncée la Commission, inutile.

« En se retranchant derrière une soi-disant absence de consensus scientifique, on instrumentalise la science et, par ce retard, on fait courir un risque sur la santé des Européens », déplore Rémy Slama.

Les scientifiques s’accordent en effet sur la définition de l’OMS qui date de 2002. Une réunion de scientifiques les 11 et 12 avril à Berlin (après la soumission de l’article à la revue) a d’ailleurs confirmé le consensus autour de la définition de l’OMS.



Selon l’OMS, il s’agit d’une substance (ou d’un mélange) qui modifie la/les fonction(s) du système hormonal et qui a, en conséquence, des effets nocifs sur la santé, ou la descendance des individus, des populations ou de sous-groupes de population.

« Cela suffit à définir le danger, et il n’est pas nécessaire, pour établir la définition, de faire au préalable des études d’impact [des études destinées à mesurer les conséquences en termes de nombre de cas de maladies occasionnés, et le retentissement économique de la réglementation]. Ce serait mettre la charrue avant les boeufs ».

Les chercheurs retiennent la classification en trois catégories, comme pour les substances cancérogènes: PE certains, suspectés et « substances endocrinement actives » qui peuvent modifier le système hormonal mais sans certitude qu’elles aient un effet nocif sur la santé.



La promulgation d’une définition des PE n’est qu’une des premières étapes de l’identification des PE, qui ne sont pas tous connus, et qui implique de mettre au point et valider de nouveaux tests, par exemple pour pouvoir mieux détecter les substances agissant sur la fonction thyroïdienne.

« Parmi les centaines de substances qui sont a priori des PE, certaines sont des pesticides déjà interdits depuis longtemps, comme le DTT. Si la loi entrait en vigueur, il est probable que plusieurs pesticides ne seraient pas autorisés ou retirés du marché », selon le chercheur.

Pour sa part la Commission a promis de publier cette définition d’ici l’été 2016.

Source : http://www.euractiv.fr

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