mercredi 23 septembre 2015

Eau potable : le filtre portable qui pourrait tout changer


Faircap peut-être intégré aux bouteilles en plastique standard et purifier de tout agent chimique, voire de bactéries, l'eau récoltée de n'importe quelle source. Son impact pourrait être sensible dans les pays où l'accès à l'eau potable est encore difficile, mais aussi permettre de limiter l'utilisation de plastique dans les pays riches.




C'est l'un des problèmes qui ont accompagné le développement de l'humanité, et qui tourmente toujours beaucoup d'habitants de la planète : en 2013, 2,4 milliards de personnes étaient encore exclues de l'accès à l'eau potable, a relevé l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans son dernier rapport sur ce sujet.

Mauricio Cordova, péruvien diplôme de la London School of Economics, a décidé de tenter d'y trouver une solution abordable par le plus grand nombre. Depuis environ un an, il développe un petit filtre portable présentant la particularité de pouvoir être intégré aux bouteilles en plastique standard, qui permet ainsi de boire l'eau récoltée de n'importe quelle source.

Marqué par l'épidémie de choléra des années 90 au Pérou

"Je suis né dans l'un des nombreux pays où, pour des raisons sanitaires ou de goût,  il n'est pas possible de boire l'eau du robinet", explique-t-il à La Tribune. "Et l'épidémie de choléra qui a frappé le Pérou dans les années 90 m'a particulièrement marqué", raconte-il.

La décision de passer à l'action a finalement été prise il y a un an lorsque, à l'occasion d'un voyage en Amazonie, il constate que même dans le poumon vert de la planète l'eau locale ne peut pas être bue car contaminée voire polluée.

Une version "do it yourself"

Conscient que "construire de coûteuses infrastructures dans les pays non développés n'est pas une option", cet ancien salarié d'Intel, déjà start-upper, commence alors à chercher le moyen d'intégrer les techniques d'épuration normalement utilisées à grande-échelle dans un outil aussi petit que bon marché.

"Je voulais faire quelque chose pour les gens", insiste-t-il.

Il réalise ainsi un premier filtre, qui constitue encore la version la plus économique et "do it yourself" de son invention : en passant par un petit percolateur en plastique imprimable en 3D, l'eau est purifiée de toute substance chimique grâce à du simple charbon actif. Elle peut ensuite être également débarrassée d'éventuelles bactéries en étant exposée pendant trois heures au soleil.
Dans une version plus évoluée du filtre, l'action du charbon actif est complétée par celle de micro-filaments en plastique - une technologie développée depuis trois décennies, souligne Mauricio Cordova -, permettant finalement d'éliminer 99,9% des bactéries, minéraux et produits chimiques.

Le coût de l'eau potable réduit à une centime par litre

Le tout est réalisé en open-source, afin d'impliquer la communauté scientifique, d'ingénieurs et de designers dans l'évolution du projet.  "Ma motivation, c'est d'apprendre et partager", souligne Mauricio Cordova, qui se dit inspiré par la culture maker et de l'innovation ouverte.
Grâce à une telle dynamique, et en passant à une production à grande échelle, "le coût de production actuel, de trois à cinq dollars par unité, pourrait à moyen terme être réduit", espère-t-il. "L'objectif étant de rendre le produit accessible aussi dans les pays à bas revenus, où les gens peuvent dépenser jusqu'à 20% de leurs salaires pour acheter des bouteilles d'eau".

"Notre but est de réduire le coût de l'eau potable à un centime par litre", met-il en avant sur son site.
Un filtre utilisable par un village entier

Des modèle plus grands du filtre sont par ailleurs développés, afin de rendre la purification de l'eau plus rapide et adaptable à de plus gros récipients: "Nous travaillons sur une version de la taille d'une valise, qui pourrait être utilisé par un village entier", raconte Mauricio Cordova à La Tribune.
Le produit pourrait toutefois aussi avoir un impact significatif dans les pays développés, où l'utilisation de bouteilles en plastique - qui aboutissent souvent dans nos mers - croît exponentiellement. Le goût de l'eau est en effet aussi amélioré par rapport au standard de celle qui sort du robinet. C'est d'ailleurs aux pays riches que s'adresse surtout le modèle "do it yourself", explique l'inventeur.

Des partenariats avec des ONG au programme

Après cinq semaines de "retrait" avec 11 autres inventeurs dans un château des Yvelines, où il a pu avancer sur la réalisation de son prototype  dans le cadre de POC 21, un Fab lab organisé par l'association OuiShare et la fondation Open State, Mauricio Cordova se montre confiant sur l'avenir de son idée. Il compte lancer très prochainement une campagne de crowdfunding pour améliorer son produit, puis peut-être conclure des partenariats avec des ONG pour en faciliter la diffusion dans les pays en voie de développement.

"Tout peut être prêt rapidement", assure-t-il.

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