mardi 16 juin 2015

L'alerte de Greenpeace sur les teneurs en pesticides dans les vergers


L'ONG a publié mardi un rapport dénonçant les «dangereux cocktails de pesticides» utilisés pour cultiver la pomme, fruit le plus consommé en France. Trois quarts des échantillons de sols et eau analysés par l'organisation en contenaient au moins un.

Golden, Pink lady, Granny smith. Des noms familiers pour bon nombre de Français et d'Européens. Car les Hexagonaux, comme leurs voisins, sont de grands amateurs de pommes: chaque Français en consomme en moyenne 15 kg par an. Un fruit sur lequel Greenpeace entend alerter: dans un rapport publié mardi, l'ONG souligne qu'un nombre important de pesticides sont utilisés dans les vergers pour produire les pommes que nous consommons.

Sur la base de 85 échantillons, Greenpeace a pu identifier le nombre de pesticides présents dans les sols et eau de plusieurs régions. Résultat: trois quart d'entre eux, en moyenne, contiennent au moins un résidu des 53 pesticides identifiés dans le rapport. «De plus, au moins 70% des pesticides identifiés présentent une toxicité globale élevée pour la santé humaine et la faune sauvage», souligne le document,

L'information n'est cependant pas nouvelle. Les pommes, concernées par un nombre élevé de maladies et parasites, figurent parmi les champions alimentaires en termes de nombre de produits chimiques utilisés pour la production et plusieurs études l'ont montré. L'association nationale Pommes Poires (ANPP), qui représente les producteurs du secteur, s'est d'ailleurs empressée de dénoncer un «rapport bidon», tout en rappelant que «les pommes françaises sont saines, conformes à la réglementation» et que des mesures pour limiter les pesticides sont en place.

Alors pourquoi un tel rapport? «Ce qui est nouveau, c'est d'abord l'échelle géographique», précise au Figaro Anaïs Fourest, chargée de campagne Agriculture au sein de Greenpeace. L'ONG a en effet analysé 36 échantillons dans l'eau et 49 dans le sol, prélevés dans une douzaine de pays européens parmi les principaux producteurs de pommes. En France, onze échantillons ont été obtenus en région Limousin, Provence-Alpes-Côte-d'Azur et Midi-Pyrénées.




Enjeu environnemental

Les sols les plus concernés se situent en Italie, en Belgique et en France. Quant à l'eau, la Pologne, la Slovaquie et l'Italie sont en tête. Pour autant, cela ne signifie pas que les pommes issues de ces vergers constituent un danger direct pour les consommateurs. Comme le rappelle d'ailleurs Greenpeace, des analyses sont régulièrement menées sur les fruits et légumes commercialisés en Europe, afin de mesurer le taux de résidus de pesticides qu'ils contiennent. D'après un rapport publié par l'Agence européenne de la sécurité alimentaire (Efsa) en 2015, plus de 45% des 1610 pommes analysées présentaient ainsi des résidus multiples de pesticides. Jusqu'à sept pesticides différents ont même été détectés sur un seul échantillon. En revanche, la limite maximale recommandée (LMR), autrement dit le seuil de concentration limite conseillé, n'a été atteint que dans 1% des cas.

Les résidus de pesticides fréquents

Ce constat n'est pas remis en cause par Greenpeace. L'ONG entend néanmoins insister sur les risques allant bien au-delà de la simple question de l'alimentation. «C'est l'une des voies d'exposition aux pesticides; mais il en existe d'autres», pointe Anaïs Fourest. «Les agriculteurs et leurs familles, ainsi que les riverains des zones de culture, sont parmi les personnes les plus exposées à ces produits», insiste-t-elle. Par ailleurs, quand bien même les seuils européens ne seraient pas remis en cause, «les contrôles peuvent être aléatoires». Et surtout, ils concernent une seule substance isolée, là où des échantillons peuvent en contenir cinq ou six différents. «Les effets de ce cocktail de pesticides sont tout à fait inconnus», regrette la porte-parole.

Enfin, au-delà des risques sanitaires, Greenpeace met l'accent sur les conséquences environnementales d'un tel usage. «Un risque réel existe pour la biodiversité. Les pesticides ont un impact sur nos capacités de production à moyen terme», affirme Anaïs Fourest, citant notamment le problème des abeilles décimées par les produits chimiques et les problèmes de pollinisation qui en découlent.




«La grande distribution a un rôle à jouer»

Autre spécificité du rapport, les prélèvements ont tous été effectués chez des fournisseurs de la grande distribution, qui écoule 70% des pommes consommées. «La grande distribution a un rôle positif à jouer contre les pesticides», explique la porte-parole. Face à l'absence de changement malgré les déclarations d'intentions des pouvoirs publics, l'ONG a lancé il y a peu une campagne de sensibilisation à ce sujet et entend insister sur le rôle joué par les distributeurs. La pression qu'ils mettent sur les producteurs de fruits et légumes pour «produire toujours plus standardisé et de façon intensive» encourage, selon Greenpeace, un usage toujours plus accru des produits chimiques.

L'ONG suggère donc des moyens d'actions. La deuxième partie de son rapport s'attache à présenter les solutions envisageables. «Nous demandons à la grande distribution d'interdire l'utilisation de certaines substances. Il s'agit essentiellement d'insecticides, auxquels peuvent se substituer des méthodes alternatives», explicite la porte-parole. «Cela ne veut pas forcément dire “gagner moins” pour les agriculteurs et “manger moins de pommes” pour les consommateurs. Étape par étape, on peut produire et consommer mieux. En diversifiant davantage nos achats, actuellement concentrés sur trois variétés de pommes, et en revenant ainsi à d'anciennes variétés plus résistantes à certaines maladies, par exemple.» Sans compter, par ailleurs, le respect de la réglementation en vigueur dans l'ensemble des pays producteurs. D'après le rapport de Greenpeace, sept substances non autorisées par l'Union européenne ont été découvertes dans les échantillons prélevés.

Source : http://www.lefigaro.fr

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