samedi 20 juin 2015

Alan Wilson Watts

Alan Wilson Watts


Alan Wilson Watts, né le 6 janvier 1915 à Chislehurst dans le Kent et mort le 16 novembre 1973 (à 58 ans), est l'un des pères de la contre-culture aux États-Unis. Philosophe, écrivain, conférencier et expert en religion comparée, il est l'auteur de vingt-cinq livres et de nombreux articles traitant de sujets comme l'identité individuelle, la véritable nature des choses, la conscience et la recherche du bonheur. Dans ses ouvrages, il s'appuie sur la connaissance scientifique et sur l'enseignement des religions et des philosophies d'Orient et d'Occident (bouddhisme Zen, taoïsme, christianisme, hindouisme). Par ailleurs, il était intéressé par les nouvelles tendances apparaissant en Occident à son époque, et se fit l'apôtre d'un certain changement des mentalités quant à la société, la nature, les styles de vie et l'esthétique.


Alan Watts - The Real You by alalumieredunouveaumonde

Alan Watts était un autodidacte réputé et son interprétation des philosophies asiatiques l'a rendu populaire. Il est un des personnages des Clochards célestes de Kerouac.
La suppression de la collection Denoël/Gonthier avait interrompu la traduction de son œuvre en français. Elle reprend chez divers autres éditeurs.

Alan Watts, né à Chislehurst, Kent, Angleterre et mort à 58 ans au Mt. Tamalpais, Californie, prêtre épiscopalien, philosophe, écrivain et conférencier, émigre aux États-Unis 1938, initié au Zen Rinzai (Linji) en côtoyant Roshi Sokei-an Sasaki pendant trois ans, étudie la théologie et est ordonné prêtre en 1945, mais quitte la prétrise en 1950 et rejoint la Californie, où il entre à l'Académie Américaine des Études Asiatiques – dont il sera brièvement le plus jeune Doyen. Il acquiert d'abord une très importante notoriété et fidélité dans la région de San Francisco, grâce à ses prestations gracieuses à la Radio de Berkeley, ses émissions de TV et ses Séminaires en Comparatisme religieux. Par ses livres, il acquiert ensuite une renommée internationale dans les milieux philosophiques et du Chan/Zen comme de la psychologie et de la critique sociale1. Il partagera ensuite son temps entre une vieille péniche à roue, ancrée à Sausalito et une grande cabane dans les Monts Tamalpais.

À sa naissance et durant sa prime enfance, Chislehurst était encore une petite communauté essentiellement rurale. Le train était arrivé en 1865, mais le village ne devint une banlieue de Londres qu'après la Deuxième Guerre. Le séjour de Napoléon III en exil, en assura la notoriété mondaine. Bombardé en 1915, par erreur de repérage d'un Zeppelin en route vers la Capitale, le village est surtout connu pour les londoniens qui s'y réfugièrent pendant les bombardements, dans les carrières de craies - elles servirent aussi de dépôts divers d'armes et de munitions. Mais, pendant des centaines, voire des milliers d'années, elles furent aussi le refuge de nombre de persécutés, politiques ou religieux, et à ce dernier titre, un lieu de culte. Ce sont des constantes que l'on retrouve partout à travers le monde : un lieu se sacralise chaque fois qu'il possède une particularité géologique, un micro-climat, un paysage qui soit source esthétique d'apaisement ou, au contraire, d'effroi ; et qu'une communauté instituée ou de circonstance soit amenée à y célébrer un culte ou y pratiquer une discipline ascétique quelconque.

À considérer que les Monts Tamalpais, près San Francisco, où décéda Alan Watts, fut également regardé par les indiens peaux-rouges comme un lieu mystique, on pourrait dire qu'il est né et mort dans le sacré, ce sens du sacré, dont Mircea Eliade lui reconnaissait comme un pouvoir de divination2. Un sens du sacré que les religions cachent plus qu'elles ne révèlent. Sur cette base, le jeune Alan reçut ensuite une robuste éducation chrétienne teintée contradictoirement de puritanisme et d'un "savoir" de la Vie Bonne très épicurien. Il put se soustraire rapidement à la première influence pour développer une vision très dionysiaque de la religion. Très tôt, cette vision joyeuse de la religion fut indissociable chez lui d'un besoin d'imaginaire et de merveilleux directement lié à une sensibilité « écologique » directe transmise, par son père qui lui apprenait le nom des fleurs sauvages comme des papillons, et une esthétique picturale transmise par sa mère. Celle-ci, issue d'une famille missionnaire en Chine, avait hérité d'une petite collection de broderies, lithographies et peintures sur papiers orientales. Diverses conférences et relations humaines directes le convainquirent de la valeur du Bouddhisme, principalement Zen ; il y fut comme jeté lorsqu'il découvrit les insuffisantes de la vision aristocratique d'un Spengler comme de l'échec total des actions pacifistes - pourtant clairvoyantes - de Dimitri Mitrienovic. Ce dernier fut le seul Maître qu'il eut vraiment, auquel il voua un véritable esprit d'enthousiasme et d'obéissance. Mais l'échec de celui-ci le fit sortir de tout « sens de l'histoire » et de tout intérêt pour la sphère politique, ses dévoiements, compromissions et lâchetés. 

Ces deux pôles de Paix, – celui de la Paix intérieure individuelle, qu'il découvrit par ses premières expériences du Bouddhisme & Taoïsme de la contemplation Chan/Zen (pour laquelle Méditation et Compassion sont déjà par nature inséparables) ; et celui de la Paix entre les peuples, les cultures et les nations – ne trouveront leur synthèse qu'à la lecture de René Guénon (1949).

On redécouvre aujourd'hui peu à peu son message de philosophe spirituel et libertaire, « jeteur de ponts » entre Orient et Occident comme de représentant éminent de la Philosophie Pérenne, appelé aussi École Traditionnelle (trop souvent confondue en Europe avec les intégristes, fondamentalistes et prétendus Chrétiens traditionalistes). La particularité du message est de rendre explicite ce qui est trop souvent en Europe une prétention élitiste & occulte. La Tradition authentique est simplement un refus de soumission aux « standards », « normalités » et « adaptabilités d'intégration » du modernisme et d'une mentalité façonnée par la raison économique et l'idéologie boursière.

 La Tradition est refus de toute primauté de progrès, par là de toute idée de « sens de l'Histoire ».

Elle s'est illustrée dans la jeunesse américaine de la seconde moitié du xxe siècle par divers mots d'ordre parfois provocateurs. Mais, René Guénon en tête, des personnalités « européennes » tels Alain Danielou, Ivan Illich, Jacques Ellul, etc. peuvent être considérés comme des traditionnels – et par définition un traditionnel est un novateur et un créateur – aussi bien qu'un Aldous Huxley, Korzybski, Krishnamurti, Abraham Maslow, etc. d'ailleurs américains de première génération pour la plupart, au même titre qu'Alan Watts lui-même ou des auteurs d'origine asiatique tels que les japonais Shunryu Suzuki et Nanao, ou les chinois Al Chung-liang Huang et Gia-Fu Feng. Alan Watts n'apporte strictement aucune idée nouvelle, mais des clefs d'interprétation de textes sacrés comme d'ouvrages anciens ou modernes concernant la philosophie et la religion comparée. S'y ajoute un moment une comparaison avec les sciences humaines récentes.extraits


ALAN WATTS - "Le Sentiment d'Unité" by alalumieredunouveaumonde



Alan Watts. - "Vous n'avez pas avoir peur de la vie" - by alalumieredunouveaumonde



Alan Watts - Et si l'argent n'avait pas d'importance by alalumieredunouveaumonde


NATURE

"Il apparaît de plus en plus que nous ne sommes pas placés dans un monde morcelé. Les grossières divisions entre esprit et nature, âme et corps, sujet et objet, sont de plus en plus considérées comme des fâcheuses conventions de langage. Ce sont des termes boiteux qui ne s'appliquent plus à un univers où tout est en interdépendance, un univers qui se présente comme un vaste complexe de relations subtilement équilibrées.

La nature a un caractère intégralement relationnel, et une interférence en un point déclenche d'imprévisibles réactions en chaîne."

"Au centre de cette nouvelle manière d'envisager les choses, on trouve l'idée d'un monde unitaire sans le moindre raccord, tissu d'interractions mutuelles, où une chose ne se comprend que rapportée à une autre et réciproquement. Il est impossible, dans cette perspective de considérer l'homme isolément de la nature."

"Dans cette nouvelle façon de penser, esprit et matière se résolvent en processus, tandis que les choses se trouvent changées en évènements.

La découverte de notre totale imbrication avec la nature est d'une telle portée que la compréhension du noeud de relations revêt une importance primordiale, qui impliquerait de comprendre la nature "de l'intérieur".

"La conscience d'une solidarité indissoluble de l'homme avec la nature peut être accablante pour certains. Elle apparaît humiliante à une civilisation où l'homme a toujours été considéré comme le couronnement de la création et son "maître et possesseur."

"L'Occident professe une philosophie tournée vers le futur, mais son attitude effective est en contradiction avec cet idéal. Sa vue ne porte guère au-delà du lendemain puisqu'il exploite les ressources terrestres (et modifie l'environnement) avec une connaissance très fragmentaire du réseau de relations ainsi déséquilibré."

SEPARATIONS

"C'est pour la civilisation occidentale une idée fixe que l'univers consiste en choses distinctes, ou entités. L'homme se considère de ce fait lui-même comme une partie, introduite dans l'assemblage total de la nature. Le fonctionnement de l'univers naturel est conçu en terme de lois logiques; l'ordre des choses est assujetti à la mécanique linéaire d'une série de causes et d'effets, dans les limitations d'une conscience qui ne perçoit qu'une seule chose à la fois.

Si la nature nous semble être un mécanisme, c'est que notre attitude mentale n'en retient que ce qui concorde avec une analogie mécanique ou mathématique. Une telle attitude empêche de jamais voir la nature, elle n'aperçoit que les formes géométriques qu'elle a réussi à y projeter."

"Nous comprenons la nature en la désintégrant, puis nous pensons qu'elle est elle-même un amas de fragments."

"On tend à considérer actuellement les lois comme des outils humains, un peu comme des instruments tranchants permettant de dépecer la nature en portions susceptibles d'être digérées."

"Il est un type d'homme qui aborde le monde tout bardé de ces instruments durs et tranchants, au moyen desquels il découpe et catalogue l'univers en catégories précises et stériles afin de se rassurer."


"Une fois dotés du pouvoir de raisonner et d'exercer consciemment notre attention, les hommes furent certainement fascinés par ces nouveaux outils, au point d'en oublier tout le reste, un peu comme ces poules hypnotisées qui ne peuvent détacher leur bec d'un trait de craie. Toutes nos possibilités de perceptions furent identifiées à ces fonctions partielles, si bien que nous perdimes la capacité de sentir la nature du dedans et de percevoir notre unité sans faille avec l'univers."

INTELLECT

"Le mode analytique de perception nous masque le fait que les choses et les évènements n'existent pas indépendamment les uns des autres. Le monde est une totalité supérieure à la somme de ses parties pour la raison même que ces parties ne s'additionnent pas mais sont une corrélation. La totalité est une structure qui subsiste, tandis que vont et viennent les parties, tout comme le corps humain est une structure dynamique dotée de permanence, malgré la rapidité avec laquelle naissent et meurent les cellules."

"Les mots et les moules de pensée du mode de pensée analytique sont impuissants à embrasser ce monde de relations, sauf par des analogies qui ne sont jamais entièrement satisfaisantes. Admettre que les éléments fondamentaux de la nature sont des "relations" plutôt que des "choses" peut paraître terriblement subtil et abstrait tant qu'on ne s'est pas aperçu que les relations sont celà-même que nous touchons et sentons, et qu'il n'y a rien de plus concret."

"Comprendre la nature avec la pensée analytique, c'est comme vouloir distinguer les contours d'une grotte avec un pinceau de lumière intense, mais très mince. Le trajet de la lumière et la série de ses points d'impact sont retenus par la mémoire, et l'aspect général de la grotte laborieusement reconstitués à partir de souvenirs."

"L'étude analytique de ces interactions accumule une somme croissante d'informations que leur abondance et leur complexité rendent" difficiles à utiliser en vue de prévoir précisément les changements."

"La démarche linéaire de l'intellect lui interdit de comprendre vraiment un système de relations où tout se passe simultanément. Il parvient tout au plus à se le représenter approximativement."

"Ce mode de conscience sériel ne peut considérer qu'une pensée et une chose à la fois."

"Pour saisir de grands ensembles, l'homme se voit donc obligé de recourir à l'intuition."


"L'intuition s'appuie sur une démarche inconsciente de l'intelligence qui ne procède plus de façon laborieusement linéaire, et se montre capable d'embrasser d'un seul coup de vastes champs de détails en mutuelle interaction."

Identité

"Le mode de pensée analytique ayant pour support les mots, nous a donné l'habitude, pour définir quelque chose, d'énoncer ce qui la distingue et la rend "caractéristique", bref ce qui définit son identité. Si bien que l'on s'accoutume à penser qu'une identité est une question de séparation, par exemple que mon identité réside en la manière particulière dont je diffère des autres, soulignant la différence comme étant l'essentiel.

Dans ces conditions, le monde m'apparaît comme une chose avec laquelle je dois ETABLIR une relation, et non comme une chose avec laquelle J'AI une relation."

"[De la même façon, nous nous concevons] scindés en deux parties: un centre bien délimité d'attention, "je", et un vaste et complexe organisme, "Moi", dont la connaissance que nous en avons oscille entre des sentiments confus et la technicité abstraite des notions biologiques. L'homme façonné par la culture occidentale est étranger à lui-même, ainsi qu'au milieu naturel dont fait partie son organisme.

"L'étroitesse de la conscience et son mode sériel de stockage des impressions dans la mémoire, tels sont les moyens qui nous permettent d'avoir le sens d'un Moi. Si le Moi s'évanouissait, ou plus exactement, s'avérait n'être qu'une fiction utile, il n'y aurait plus dualité sujet-objet, mais simplement un courant de perception continu."


"En vérité, c'est pour la pensée seulement que la peau sépare le corps du reste du monde. Pour la nature, la peau est agent de liaison autant que de séparation."

EGO

"Le Moi est une image sociale à laquelle l'esprit apprend à d'identifier. Il est le rôle que la société prescrit à l'individu afin de pouvoir tabler sur un centre d'action stable dont on peut prévoir le comportement parce qu'il oppose une résistance inébranlable aux mouvements de la spontanéité. Une extrême souffrance ou l'imminence de la mort l'empêchent de tenir ce rôle, si bien que ces fatalités s'associent à la honte et aux angoisses endurées par l'enfant que nous fûmes lorsqu'il s'agissait de devenir un Moi acceptable pour autrui. La mort et l'agonie sont redoutées comme une déchéance, et le combat qui les accompagne est un effort désespéré pour tenter de sauver un mode de sentir et d'agir acquis comme un rang social."

"La fascination qu'exerce la certitude de la mort peut nous laisser figés de stupeur, jusqu'au moment où une illumination nous révèle que ce n'est pas la conscience qui meurt, mais la mémoire. S'ouvrir à cette vérité, c'est s'ouvrir à un singulier sentiment de solidarité -d'identité- avec les autres créatures et commencer à comprendre le sens de la compassion.

Le Moi lutte sans relâche contre la dissolution qui serait justement sa délivrance."

"On pourrait concevoir la délivrance comme l'ultime profondeur de l'échec spirituel, un degré d'échec où l'on ne peut même pas revendiquer ses vices. Dans la conscience de cette réalité momentanée et vide, le Bodhisattva connaît un désespoir au delà du suicide. L'Ego s'évanouit avec les illusions où l'on ne rencontrait que vide dans sa résistance acharnée au vide, souffrance dans sa fuite devant la souffrance, et contraction dans son effort pour se décontracter. Mais en s'évanouissant, il s'abandonne au vide même où resplendissent le soleil, la lune, et les étoiles."

"La spontanéité n'est somme toute qu'une totale sincérité -la personne étant toute entière dans son acte sans la moindre réticence- à laquelle l'adulte civilisé n'est guère poussé que par un désespoir extrême, une souffrance intolérable, ou l'imminence de la mort. D'où le dicton: "le désastre de l'homme est l'occasion de Dieu".

Spontanéité

"La spontanéité des petits enfants, incontestablement rebelles à une intégration sociale, est une spontanéité "embryonnaire", encore incoordonnée. Il parait alors impensable de socialiser ces enfants en permettant à cette spontanéité de se développer, et l'on cherche à les intégrer socialement en implantant tout un système de résistances et de peurs.

L'organisme se trouve alors scindé en un centre de décision, et un centre d'inhibition. Aussi est-il rare de rencontrer une personne dotée d'une spontanéité qui se contrôle elle-même, cette formule nous semblant du reste complètement contradictoire. C'est comme si nous apprenions à nos enfants à marcher en soulevant leurs jambes avec les mains, au lieu de les mouvoir de l'intérieur."

"Lorsque nous disons d'un pianiste ou d'un danseur qu'il contrôle parfaitement ses mouvements, nous nous référons en vérité à une certaine combinaison de contrôle et de spontanéité. Le contrôle de l'artiste définit une zone à l'intérieur de laquelle il peut s'abandonner sans réserve à sa spontanéité."

"Tous les arts comportent des règles jusqu'à un certain point, (...) mais il subsiste toujours cet indéfinissable qui distingue la vraie maîtrise."

"La spontanéité est parfaite lorsqu'elle ne requiert aucun contrôle, lorsque le dedans est si harmonieux qu'il ne requiert pas la surveillance de la conscience."

"Contrôler, c'est inhiber, et un système entièrement inhibé est bloqué."

"Loin d'être une force, la dureté et la dureté rigidité masculine que nous affectons ne sont rien d'autre qu'une paralysie émotionnelle. Nous nous cramponnons, non parce que nous sommes maîtres de nos sentiments, mais parce que nous en avons peur, comme nous avons peur de tout ce qui, en nous, est symbole de féminité et d'abandon."

"Celui qui connaît la virilité mais contient la féminité
deviendra un bassin où s'accumule toute la force du Monde
Comme il est un bassin pour le Monde, il ne sera pas séparé de la force éternelle,
Et ainsi il peut retourner à l'état de l'enfance."

Tao Te King, XXVIII

Religion

"Pour agir ou nous développer de façon créatrice, il nous faut commencer là où nous sommes, mais "tout entiers", sans réserve et sans regret. Faute d'acceptation de soi, nous sommes en divorce perpétuel avec notre point de départ, toujours en train de nous méfier du terrain sur lequel nous nous tenons, si divisés contre nous-même que nous ne pouvons agir avec une authentique sincérité. En dehors de cette acceptation, conçue comme fondement de la pensée et de l'action, toute tentative de discipline morale ou spirituelle demeure le combat stérile d'un esprit scindé et de mauvaise foi."


"C'est ainsi que nous arrivons à nous accepter nous-mêmes par délégation, par l'entremise d'un Dieu libéralisé dont l'amour et le pardon sont infinis. C'est Lui qui nous accepte totalement et non pas directement nous-mêmes. Il arrive aussi que nous nous concédions le droit de nous accepter, mais à condition d'en avoir payé le prix en subissant une discipline écrasante ou en franchissant une série d'obstacles spirituels. Après quoi, l'acceptation est encore fortifiée par l'autorité collective d'une confrérie d'initiés représentant quelque tradition vénérable."


"L'illumination, ou accord conscient avec le Tao, ne peut survenir aussi longtemps qu'on la considère comme un état particulier pour lequel il existerait critères et normes. L'illumination, c'est d'abord la liberté d'être le raté que l'on est."

Vivre

"La liquidation de prémisses erronés n'est accordée qu'à ceux qui descendent jusqu'aux racines de leur pensée pour en découvrir la nature."

"L'essence du cercle vicieux consiste à poursuivre ou fuir un terme inséparable de son opposé, à une vitesse qui s'accélère de plus en plus tant qu'on n'a pas perçu la solidarité des deux termes."

"Ainsi, fuir la douleur et poursuivre le plaisir reviennent à une seule et même attitude contractée de la conscience."


"Nous voyons dans les sentiments négatifs un désordre de l'esprit justifiable de soins appropriés. En vérité, ce qui appelle des soins est la résistance intérieure à ces sentiments, la résistance qui nous précipite dans l'action pour essayer de les supprimer, au lieu d'attendre que le sentiment s'en aille de lui-même."

"L'esprit ne cesse de faire des efforts: pour chasser l'ennui quand il est déprimé, pour calmer une peur, pour tirer le maximum de plaisir, pour s'obliger soi-même à être plein d'amour, de patience, d'attention. Il se donne même de la peine pour être heureux. Et lorsqu'on lui dit qu'il fait fausse route avec tant d'efforts, il s'efforce alors de ne pas s'efforcer!"

"De même qu'il est parfois nécessaire de se taire pour entendre ce que les autres ont à dire, la pensée elle-même doit faire silence pour pouvoir penser à autre chose qu'à elle-même."

"Le mystère de la vie n'est pas un problème à résoudre, mais une réalité à éprouver."

SATORI

"Nous sommes un faisceau ou une collection de différentes perceptions qui se succèdent avec une inconcevable rapidité, et qui sont dans un flux et un mouvement perpétuel."

"Parce que rien ne l'enraie, le cours des émotions acquiert une qualité particulière de liberté, ou "vacuité", que les Taoistes et les Boudhistes nomment "absence d'égo", "non-mental", où les réactions naturelles se succèdent sans entraves, "comme un bouchon flotte sur un cours d'eau."

"Donner libre cours au sentiment, c'est l'observer sans interférence, le considérer sans le nommer; c'est reconnaître que sa mobilité interdit de le comprendre en termes statiques, ce qui exclut également de le juger selon le bien et le mal."


"Considérée de cette façon, la complexité déconcertante de la nature devient une danse, sans autre but que les figures exécutées. Pris dans l'illusion du temps et de la finalité, la danse et le rythme extatique des choses sont masqués, et apparaissent comme une chasse éperdue, une lutte contre le retard et l'obstacle. Une fois reconnu le non-sens ultime de cette chasse, l'esprit s'apaise et perçoit le rythme du cosmos; il découvre que l'intentionnalité (intemporelle) du processus atteint sa fin à chaque instant."

"Lorsque l'esprit glisse à son insu dans une attitude réceptive, il lui arrive d'être gratifié d'une perception "magique" du monde.
Les impressions affectant les esprits agités et perpétuellement en quête de quelque chose se trouvent malheureusement brouillées par la vitesse à laquelle elles sont reçues, si bien que le rythme des formes du monde passe inaperçu, et que ses couleurs paraissent plates et sans irradiation intérieure."

"L'existence du sage est une vie qui s'abandonne sans calcul au présent."

"Au moment même où l'on veut saisir l'instant qui passe afin d'en tirer quelque chose, celui-ci semble nous échapper.
Quiconque cherche à tirer quelque chose de son expérience présente s'en trouve séparé par là-même: il est sujet, et elle objet. Il ne voit pas qu'il EST cette expérience, et que s'efforcer d'en tirer quelque chose revient à se poursuivre soi-même."

"Bien que toute chose retentisse dans l'esprit, l'esprit devrait rester comme s'il n'avait jamais résonné aux choses, et celles-ci ne devraient pas demeurer en lui."

"Le point le plus élevé que l'homme puisse atteindre est l'étonnement. Lorsqu'un phénomène originaire suscite en lui cet étonnement, il doit s'estimer satisfait. Rien de plus grand ne peut lui être accordé, il ne saurait chercher au-delà."



"Définir signifie fixer et, en dernière analyse, la vraie vie n'est pas fixe."








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