lundi 15 septembre 2014

JACQUES ATTALI : "Il faut expliquer aux Français pourquoi on leur demande des efforts"


INTERVIEW L'économiste et essayiste Jacques Attali estime que Valls et Hollande n'ont plus qu'un mois pour prendre les bonnes décisions.

Peu d’hommes connaissent les allées du pouvoir et les impératifs de l’économie comme Jacques Attali. Au milieu de l’année dernière, il publiait "Urgences françaises" (Fayard), un "chemin d’éveil" dans lequel il exhortait le président de la République : "Il ne lui reste qu’un an tout au plus pour prendre toutes les bonnes décisions, anticiper les douleurs futures, dire la vérité sur les facteurs d’immobilisme, et choisir ce qu’il veut faire vraiment pour la France." On aurait pu imaginer qu’avec "le formidable discours du président en janvier", selon Attali lui-même, le pacte de responsabilité, la nomination de Manuel Valls comme Premier ministre et le virage social-libéral, François Hollande se soit montré à la hauteur des attentes de l’ancien sherpa de François Mitterrand. Copie insuffisante, martèle pourtant l’intraitable vigie de la gauche moderne. A moins que…



Les décisions prises par le deuxième gouvernement Valls vont-elles dans le bon sens ?

Jacques Attali. Je vous donnerai ma réponse le 2 octobre. Il reste moins d’un mois pour prendre les bonnes décisions. Le calendrier est très important. Le 10 septembre, le Conseil des ministres avalise la trajectoire des finances publiques. Les 12 et 13, ce document est discuté au niveau européen, à l’Ecofin de Milan et au Haut Conseil des finances publiques. Le 16, Manuel Valls demande un vote de confiance au Parlement et le 18, François Hollande donne sa conférence de presse. Enfin, le 1er octobre, le projet de budget 2015 est présenté. En quelques semaines, il faut donner un immense coup de barre, sinon le mandat de François Hollande sera terminé, et mal terminé.

Quels seraient les marqueurs de ce "coup de barre" ?

J’en vois cinq: une véritable maîtrise des dépenses, avec un déficit  budgétaire en 2015 inférieur à celui de 2014 (fondé sur une hypothèse de croissance nulle et une parité euro-dollar réaliste), et des baisses réelles des dépenses, en euros, et pas sur les économies imaginaires. Le dépôt de textes de loi sur le travail du dimanche, les seuils sociaux, la réforme de l’Etat et des collectivités territoriales, le logement. En plus, il faut remettre en chantier la loi sur la formation professionnelle pour mettre fin à ce gaspillage scandaleux. Si tout cela est fait, avec l’obsession de protéger les plus faibles, alors le pays sera dans une bonne direction.

La politique probusiness n’est-elle pas aussi un marqueur positif ?

Non. Ce discours n’est positif que du point de vue du Medef. C’est un chiffon rouge à l’égard du reste de la nation. Il aurait fallu dire : voilà le programme précis que je vous propose en vue de réduire les injustices par la mobilité sociale et la création d’emplois. Et pour y arriver, l’entreprise est le principal acteur.

Quel projet faudrait-il porter ?

Il faut expliquer aux Français pourquoi on leur demande des efforts, avec un discours fort expliquant où l’on veut emmener la France, à l’horizon 2040. En capitalisant sur nos atouts – en France, en Europe et dans la francophonie, ce trépied qui me rend très optimiste sur notre avenir et permet les réformes.

Ne constatez-vous pas une accélération de leur rythme ?

Dans le discours, mais pas encore concrètement. Sur le travail du dimanche, par exemple, il n’y a pas encore de projet de loi. Et la vraie réforme territoriale n’est pas encore faite. Il faudrait fusionner les communes avec les intercommunalités : on passerait alors de 36.000 à 2.500. Au lieu de discuter des frontières des régions, d’un découpage souvent absurde, sans parler du fond… C’est typique de la réforme à la française. On cause, on cause…

L’aggiornamento idéologique des dirigeants socialistes est toutefois une bonne nouvelle…

Comme disait Cocteau, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. Ce qui compte, c’est ce qu’on fait. Et c’est vrai à gauche comme à droite. S’il y a un aggiornamento sans réformes et surtout sans projet de société, cela ne sert à rien.

Le pacte de responsabilité trouve-t-il grâce à vos yeux ?

Non. Il faut traiter notre problème de compétitivité par l’innovation et  par la TVA sociale. En allemand, la "TVA sociale" est désignée comme une "dévaluation fiscale". C’est le mot juste. Les Espagnols ont fait une dévaluation par une baisse des salaires et des prix. Les Allemands l’ont fait beaucoup plus intelligemment par la TVA, la seule façon de dévaluer à l’intérieur de la zone euro. Augmenter cet impôt renchérit le prix des importations et réduit celui des exportations, en transférant une partie des charges sociales des entreprises sur cette taxe. Je propose une hausse de trois points de TVA. Un point serait rendu aux salariés sous forme d’augmentation de salaire net en réduisant les cotisations sociales. Et deux points seraient utilisés pour réduire le déficit.

Sur le logement, le plan Valls est-il pertinent ?

Oui. Il fallait abandonner la loi Alur, totalement néfaste, et le gouver-nement l’a fait. Pour moi, la vraie mesure pour accroître la construction de logements, c’est de retirer aux maires l’attribution des permis de construire et de la rendre aux préfets.

S’attaquer aux professions réglementées, c’est un bon signal…

C’est un leurre. Mettre en avant les professions réglementées, c’est la stratégie de ceux qui veulent faire échouer les réformes. En 2008, lorsque le rapport de la commission sur la libération de la croissance est sorti, sur ses 316 propositions, seule celle sur les taxis a été médiatisée. Et les quelques chauffeurs qui ont manifesté devant France Télévisions le jour où j’ai présenté nos travaux sur le plateau de David Pujadas ont réussi à tuer un rapport qui portait sur 300 autres sujets essentiels. Aujourd’hui, c’est la même chose. La réforme va échouer et bloquer toutes les autres. Il faut hiérarchiser, distinguer l’urgent de l’important.

Comme ?

Les réformes qui intéressent les générations futures : l’éducation, la santé, le logement, la maîtrise de la dette et la transition écologique. Et nos politiques doivent expliquer que la seule solution, c’est le projet européen, fédéraliste, qui vise à recréer les conditions de croissance. L’Europe doit pouvoir emprunter pour lancer un programme de grands travaux sans mutualiser les dettes nationales. Et vite.

Mais cela alourdirait encore la dette des pays de l’Union…

Non. Notre dette publique finance très peu l’investissement. La dette en soi n’est pas mauvaise. Ce qui est mauvais, c’est quand elle sert à financer le quotidien.

Quel est le bon niveau pour la dette ?

Avec des taux d’intérêt très bas actuellement, on peut se permettre d’avoir une dette dépassant beaucoup le ratio de 60% du PIB du traité de Maastricht. Mais son poids global va bientôt atteindre 100% du PIB, avec un risque de défaut quand les taux réaugmenteront. Il faut donc le réduire, en dégageant un excédent primaire, en essayant de ne pas freiner la croissance ; d’où la primauté à donner aux réformes.

Parlant de l’Europe du Sud, vous n’évoquez jamais les baisses des salaires des fonctionnaires ou des prestations sociales, comme l’ont fait les Espagnols et les Grecs. Est-ce tabou en France ?

Ce n’est pas nécessaire. Il faut mieux payer les professeurs et les policiers et lutter contre les gaspillages, nombreux parmi les 45 milliards d’aides au logement et les 32 milliards de la formation professionnelle. Il serait fou de vouloir réduire les salaires des professeurs. Il faut au contraire les augmenter, car leur rôle est fondamental.

Comment expliquer le blocage de la France face aux réformes ?

Par l’absence de courage politique. Toutes les réformes essentielles sont sur la table depuis le rapport de la commission que j’ai présidée, en 2008. Et elles n’ont toujours pas été faites. Pourquoi faire de la politique, sinon pour faire des réformes ? A quoi ça sert, si c’est uniquement pour se maintenir au pouvoir ?

A gauche comme à droite ?

Oui. Tous ont peur que leur tête finisse au bout d’une pique – l’expression vient de Nicolas Sarkozy – et de ne pas être réélus. Le drame français a commencé avec la cohabitation de 1986 (Mitterrand-Chirac), et celles qui ont suivi. Puis Jacques Chirac a été un "roi fainéant". Et pendant vingt ans, ce pays n’a rien fait. Quant à Nicolas Sarkozy, il a été excellent dans la gestion de la crise de 2008, mais il n’a pas eu le courage dans les réformes, craignant lui aussi d’être impopulaire. Quitte à être impopulaire, au moins faut-il le mériter !

Au risque de gouverner "en se bouchant les oreilles", comme vous l’avez recommandé…

Je vais vous répondre par une anecdote : j’avais demandé à François Mitterrand, dans l’avion qui nous ramenait du premier sommet européen après son élection en juin 1981, quelle était pour lui la qualité principale d’un homme d’Etat. Il m’avait répondu : "J’aurais aimé vous dire le courage. Mais c’est l’indifférence." Cela signifiait pour lui : j’ai un projet, dont je suis fier, pour l’avenir de la France, donc je m’entête – c’est ça, un homme d’Etat. Alors qu’aujourd’hui nous sommes dans la dictature des postures.

Qu’attendez-vous de nos hommes politiques ?

L’essence du politique, c’est d’anticiper le pire scénario et d’agir en fonction. C’est de faire en sorte que les réformes soient excessives par rapport aux besoins, ou éventuellement de relâcher la pression. Et non pas d’avoir une succession de réformes insuffisantes, en espérant que la croissance mondiale revienne… C’est la tragédie de la classe politique française : attendre toujours quelque chose des autres.

Quel est le degré d’urgence ?

Maximal. Le monde est dans une situation terrifiante, mêlant déflation technologique – une  baisse des prix liée à la concurrence – et la dette. Il n’y a rien de pire. Certes, les banquiers centraux ouvrent les vannes – la dernière à le faire est la BCE –, mais les banques centrales ne sont là que pour donner aux gouvernements un peu de temps.

Craignez-vous une explosion sociale ?

Oui. Si rien n’est fait pour ouvrir aux citoyens une vision de long terme, la crise se terminera par une révolution. En fait, ni la gauche ni la droite ne veulent gouverner. La gauche voit que les élections régionales sont perdues. Et une façon de sauver les meubles serait de ne plus être aux affaires. La seule qui veut gouverner, c’est Marine Le Pen. Et la France se donne toujours à celui qui a le plus envie d’elle. Aujourd’hui, tout est en place pour que Marine Le Pen soit élue. Heureusement, son programme suicidaire, prônant notamment la sortie de l’euro, rend peu probable son élection. Ce qui m’inquiète, c’est qu’elle en parle de moins en moins…

Propos recueillis par Vincent Beaufils, Thierry Fabre et Ghislaine Ottenheimer

Source : http://www.challenges.fr

4 commentaires:

  1. Anonyme16.9.14

    ATTALI dégage, on t'a repéré depuis longtemps, les sionistes dehors de France et en prison et saisi de leurs biens

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  2. Anonyme17.9.14

    ce mec est un collabo, il a vecu aux crochets des politiques toute sa vie en s occupant de les faire élire et maintenant il leur crache a la gueule, comme il crachera à celle des français quand leur tour viendra

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  3. Anonyme24.9.14

    il faut savoir que si ces voyous se comportent comme çà c'est qu'ils ont en face des français qui votent et les élisent, alors ne votons plus

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  4. La sortie de l'euro, un programme suicidaire ? Attali tais-toi ! C'est le système monétaire actuel frauduleux, stupide et confiscatoire, qui nous tue à petit feu.

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