lundi 8 septembre 2014

COUNCIL ON FOREIGN RELATIONS « Les banques centrales devraient distribuer de l’argent directement aux populations »


La semaine dernière, une proposition radicale est apparue dans le magazine Foreign Affairs, une publication du tout aussi influent groupe de réflexion du Council on Foreign Relations (CFR), basé à New York.

L’article, intitulé « Print Less but Transfer More - Why Central Banks Should Give Money Directly to the People », et qui a beaucoup attiré l’attention des médias, explique que puisque les politiques de stimulus monétaire telles que le quantitative easing et les taux d’intérêts proches de zéro ne sont pas parvenues à soutenir la croissance, une nouvelle approche monétaire est désormais nécessaire.
Cette approche consisterait en l’impression nouvelle monnaie, et de sa distribution directe aux ménages et aux consommateurs, afin de remédier au manque de dépenses et de prévenir une récession.



Hélicoptère Janet?

L’article a été écrit par Mark Blyth et Eric Lonergan. Blyth, un Ecossais, est économiste à l’Université Brown, dans le Rhode Island. Lonergan est irlandais, et travaille en tant que gestionnaire de fonds spécialisé dans la macro-stratégie chez M&G Investments, à Londres.

Bien que Foreign Affairs publie souvent plusieurs points de vue relatifs à d’importants débats, les articles politiques publiés par le magazine ont eu tendance à influencer les politiques économiques et politiques des Etats-Unis au fil des années. Cette proposition est donc à suivre de près.

Les bénéfices attendus de « l’argent gratuit »

Selon Blyth et Lonergan, la faible croissance économique et les faibles taux d’inflation actuellement enregistrés en Occident nécessitent de nouvelles approches politiques et gouvernementales afin de pousser les gens à dépenser plus et, ainsi, de stimuler la croissance économique et d’encourager l’inflation.

A leurs yeux, la déflation représente une menace que les taux d’intérêts proches de zéro et le quantitative easing ne sont pas parvenus à combattre. Ils pensent donc nécessaire de pousser les consommateurs à dépenser plus en leur distribuant directement de l’argent.

Blyth et Lonergan espèrent voir Ben Bernanke et Milton Friedman soutenir leur proposition, et disent ouvertement qu’il est « grand temps » que les législateurs des Etats-Unis et d’autres pays développés adoptent une approche de distribution d’argent.


Hélicoptère Mark?

En 1998, suite à la perte d’une décennie entière de croissance au Japon, Ben Bernanke, qui était alors économiste à l’Université de Princeton, a proposé au Japon de transférer de l’argent à ses consommateurs afin de les encourager à dépenser plus.

Milton Friedman avait, avant lui, parlé des transferts monétaires directs comme d’un lancer de billets depuis des hélicoptères. Voilà d’où vient l’image d’Hélicoptère Ben (Bernanke), jetant des billets de banque depuis un hélicoptère.

Blyth et Lonergan préconisent un versement d’argent à l’ensemble des ménages de manière égale, ou simplement aux 80% les plus pauvres. Selon eux, les ménages à revenus plus modestes seront les plus aptes à utiliser ce nouvel argent de manières diverses – pour rembourser leur dette, consommer ou épargner. Si une certaine somme, disons de 1000 dollars, n’était pas suffisante, les ménages pourraient  recevoir plus, de l’ordre peut-être de 3000 ou 4000 dollars.

Blyth et Lonergan estiment difficile de mesurer l'impact direct d'instruments tels que les taux d’intérêts proches de zéro sur les habitudes d’achat des consommateurs, et jugent celui des transferts monétaires directs plus prévisible.

De leur point de vue, l’inflation ne sera pas un problème, puisque les banques centrales pourront poursuivre leur politique de ciblage de l’inflation.

Les risques réels de l’argent gratuit

De mon point de vue, en revanche, cette proposition pose un certain nombre de problèmes.
Les transferts monétaires directs pourraient endetter davantage les ménages. Si un transfert ne s’avérait pas suffisant et qu’un deuxième transfert plus important était entrepris par les gouvernements, les consommateurs pourraient développer une dépendance à ce mécanisme.


Hélicoptère Mario?

L'idée que le niveau d’inflation généré par les transferts monétaires puisse être contrôlé n’est pas justifiée. Puisque cette approche de distribution d’argent n’a jamais été adoptée, elle pourrait mener à une inflation imprévue. Comment la détermination des transferts monétaires directs est-elle plus simple que celle des effets des taux d’intérêts proches de zéro et du quantitative easing ?

Avec des économies qui font déjà face à des records d’expansion monétaire générés par le gonflement des bilans des banques centrales, de nouveaux transferts d’argent vers l’économie globale pourraient générer une vélocité incontrôlable de la monnaie, et une possible hyperinflation. Comment ce surplus de liquidité pourrait-il un jour sortir du système ? 

Et ce nouvel argent devrait aussi être imprimé à partir de rien, ce qui ne ferait que diluer la masse monétaire existante et éroder le pouvoir d’achat des devises. Puisque la devise fiduciaire ne représente rien de plus qu’une dette, la création de nouvelle monnaie pour rendre possible ces transferts monétaires ne ferait qu’ajouter au fardeau qui pèse déjà sur les nations endettées.

Conclusion de GoldCore

Dans de nombreux pays touchés par l’austérité, les impôts sur les revenus, les taxes sur la vente et autres représentent déjà un lourd fardeau.

Est-il donc justifiable pour les banques centrales d’imprimer davantage de monnaie qui, dans une majorité des cas, sera utilisée pour payer des taxes ou rembourser des cartes de crédit et des prêts immobiliers ?

Cette mesure a des chances d’alourdir le ratio dette/PIB des nations industrielles endettées. Avec une hausse potentielle des taux d’intérêt au cours de ces prochaines années, distribuer de l’argent gratuit aux consommateurs pourrait faire sombrer dans la banqueroute des Etats déjà vulnérables.

Ne serait-il pas plus prudent d’annuler des dettes à l’échelle souveraine afin que les pays puissent alléger le fardeau qui pèse sur les épaules de leurs citoyens, plutôt que d’aggraver le problème en accumulant plus de dette et distribuant de l’argent « gratuit » à des citoyens endettés ?

Il existe un risque de voir ce nouveau système se transformer en une sorte de refinancement bancaire, puisque cet argent pourrait être utilisé pour rembourser les dettes accumulées ces dernières années, et pourrait parvenir jusqu’aux banques par le biais de remboursement de prêts, et jusqu’aux gouvernements par le biais des taxes.

La vraie solution n’est pas une accumulation supplémentaire de dette sous la forme d’argent gratuit. La vraie solution est d’annuler la dette de certains consommateurs et de restructurer les institutions, les banques et les nations – un jubilé moderne de la dette.

Si un scénario si extrême venait à devenir réalité et que les devises étaient de nouveau dévaluées, nous risquerions de voir apparaître davantage d'inflation, voire une stagflation. Les avertissements d’Alan Greenspan se font de plus en plus pesants à mesure que les jours passent. Voilà qui souligne l’importance vitale d’une allocation des portefeuilles d’investissements à l’or.


L’or conservera son pouvoir d’achat au cours de ces prochaines années, comme il a su le faire tout au long de l’Histoire.

1 commentaire:

  1. Anonyme9.9.14

    Si les banques devaient fournir de l'argent aux peuples,si cela devait se faire il faut comprendre qu'ils le feraient par obligation n'ayant pas d'autres choix, il faut de toute façon arrêter ces voyous qui ont ruiné les pays et qui continueront encore dans le temps à nous prendre pour des vaches à lait.

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