lundi 24 février 2014

Un viticulteur bio en procès pour avoir refusé de traiter ses ceps


Un vigneron de Côte-d'Or comparaît lundi à Dijon pour avoir refusé de traiter ses ceps contre la flavescence dorée qu'il estime pouvoir combattre avec des insecticides "naturels", un procès qui scandalise les écologistes tandis que l'interprofession bourguignonne s'inquiète d'une mauvaise publicité. 

CICADELLE. L'affaire débute au printemps 2013, lorsque sont découverts près de Beaune, des foyers d'une maladie des vignes appelée la flavescence dorée. Cette maladie est provoquée par une bactérie véhiculée par un insecte : la cicadelle.

Une cicadelle posée sur une feuille. Crédit: CHRISTIAN PUYGRENIER / PUY / AFP 

Une maladie dévastatrice pour la vigne dont les symptômes peuvent survenir plusieurs années après l'infection, et qui se traduit entre autres par une décoloration du feuillage et un flétrissement des baies. L'infection est, à terme, fatale pour le cep de vigne.

L'agriculteur encourt 6 mois d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende
De ce fait, sitôt l'infection détectée, le préfet a imposé de traiter tous les vignobles du département contre la cicadelle, afin que la maladie ne se propage pas. Mais Emmanuel Giboulot, viticulteur en "biodynamie" depuis les années 1970, s'y refuse sur les dix hectares qu'il exploite en Côte de Beaune et Haute-Côte de Nuits.

PESTICIDE NATUREL. L'agriculteur se refuse même à utiliser de la pyréthrine, pesticide naturel. Car pour lui, tous les traitements vont à l'encontre des "équilibres biologiques".

Après un contrôle en juillet 2013 de la Direction régionale de l'agriculture, M. Giboulot a été convoqué devant la justice. Il encourt six mois d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende.

"C'est une maladie mortelle et très contagieuse, c'est pour cette raison que ces mesures sont obligatoires" et "pour que le traitement soit efficace, il faut que les vignes aient été traitées par tous", justifie le chef du Service régional de l'alimentation, Olivier Lapôtre.

Une épidémie qui "explose depuis une dizaine d'années" 

Selon la préfecture de Bourgogne toutefois, une seule parcelle de 0,20 hectare a été fortement touchée par la flavescence dorée en 2013 et devait être arrachée, contre 11,3 ha en 2012.

Pour l'avocat du vigneron, Me Benoist Busson, le préfet n'était en outre pas compétent à agir, "seul le ministre" l'étant, en l'absence d'urgence motivée dans son arrêté.

ZÈLE. Me Busson estime même que le préfet a fait du zèle : un arrêté ministériel de 2003, revu récemment, prévoit que lorsqu'un cep est contaminé sur une parcelle, le périmètre de lutte contre la flavescence dorée inclut la commune où elle se trouve et éventuellement ses voisines, "mais pas tout le département", d'après l'avocat.

Selon Denis Thiéry cependant, directeur de recherches à l'Institut national de recherche agronomique de Bordeaux, l'épidémie, apparue en France en 1949 en Armagnac (sud-ouest), "explose depuis une dizaine d'années", touchant tous les vignobles européens.

FOYER. Un important foyer avait été découvert fin 2011 dans le nord Mâconnais, en Saône-et-Loire. "Presque tout le vignoble français est touché, hormis le Jura, la Champagne et l'Alsace", précise le spécialiste, pour qui "les plans de lutte doivent être respectés", sinon, "c'est comme refuser de se vacciner quand c'est obligatoire".

Le débat fait rage

"La liberté de choix, en l'absence de menace sanitaire avérée, devrait être de mise", rétorque Sandrine Bélier, députée européenne EELV du Grand Est, qui voit dans l'assignation du vigneron une "absurdité".

Le parti écologiste fait partie d'un comité de soutien - où figurent aussi le NPA, Greenpeace et Attac - qui réclame l'arrêt des poursuites judiciaires envers tous les viticulteurs "engagés dans une procédure alternative". Un rassemblement est prévu lundi devant le tribunal et des pétitions de soutien ont circulé sur internet.

Face à l'ampleur qu'a prise l'affaire, le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) a dénoncé vendredi des "contre-vérités" autour du cas, isolé selon lui, de M. Giboulot, dont il refuse de faire un martyre du bio car "il n'est pas l'unique défenseur de la nature".

Dans le collimateur du BIVB, une vidéo lancée par l'Institut pour la protection de la santé naturelle, association basée à Bruxelles, promeut des "solutions alternatives" pour lutter contre la cicadelle.



La déclaration du viticulteur Emmanuel Giboulot, sur le site de l'Institut pour la protection de la santé naturelle.

"PAS VRAI". "Dire qu'il suffit de mettre des pièges orange et un peu d'argile, ce n'est pas vrai (...). Si l'on constate, par une analyse fine comme nous l'avons fait, qu'il n'y pas d'autre choix, il faut traiter", affirme Pascal Lambert, du Service d'écodéveloppement agrobiologique et rural de Bourgogne.

"Les pièges orange ne constituent pas un moyen de lutte, précise Odile Cadiou, animatrice à la section viticole du Sedarb, c'est juste un moyen de savoir si les insectes sont présents ou non sur le vignoble." 
"Quant à l'argile, les tests que nous avons effectués ne se sont pas avérés très probants, ajoute-t-elle. L'objectif est de mettre en place des mesures prophylactiques pour éviter de traiter systématiquement les vignes, mais lorsque la maladie est déclarée, le traitement chimique devient indispensable" conclut-elle.


"Non, la Bourgogne ne pollue pas" en traitant ses vignes, martèle Claude Chevalier, président du BIVB, pour qui ce procès ne fait pas une bonne publicité à la filière bourguignonne.

1 commentaire:

  1. Anonyme26.2.14

    cet homme a profondement raison, nous verrons ce que dira la justice au risque de le condamner comme d'habitude,car la justice condamne les justes et libere les spychopates; alors on verra si pour une fois si c'est vraiment une vraie justice:au risque d'etre elle meme jugée !! retour de
    baton oblige.

    RépondreSupprimer